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Le Carnet retrouvé, 14-18

25,00

«  Un témoignage saisissant !  »

Louis Dermine – Textes, illustrations et commentaires d’Étienne « Fafouille » Grandchamps

avec un poster-carte de Charleroi en 1914

Collection 14-18
104 pages – Couleur – 20×30 cm – 25€
176 photos et illustrations
+ une carte 39x60cm
ISBN 978-2-930582-19-1

(voir les extraits de presse sous la couverture)

 

Description

Août 1914: un carolo de naissance et de coeur, Louis Dermine, assiste à l’embrasement du monde avant d’être le témoin oculaire de l’incendie de la ville de Charleroi, sa ville, par une armée allemande qu’il combattra bientôt de toutes ses forces sur l’Yser. Louis nous livre le récit de ces événements tragiques, consigné d’une plume élégante et précise dans un minuscule carnet. Nous remercions ses petits-enfants, Pierre et Nicole, à la source de ce passionnant témoignage retrouvé sur le douloureux passé de notre cité en guerre.

Etienne Grandchamps s’est attaché à mettre les événements dans le contexte et en perspective. Une balade guidée par émile Crowet dans le Charleroi d’avant-guerre débute l’ouvrage et de «  petites histoires carolos  » de la Grande suivent le récit de Louis Dermine, ce qui rend le tableau plus riche encore.
Les nombreuses cartes postales et photos, souvent inédites, apportent un éclairage saisissant aux textes de Louis Dermine et d’étienne Grandchamps. Le plaisir de découvrir le Charleroi d’alors côtoie la prise de conscience très concrète de «  l’horreur  » de la guerre.

Extrait
C’est alors que je commence à vivre les plus vilaines heures de ma vie. La fusillade ne cesse plus. Elle est très nourrie. Toutes les minutes à peu près, qui nous semble des siècles. Rhan, un roulement terrible de mitraille.
«  Ils doivent être sur la place de la Ville Haute ou au carrefour du Boulevard et de la rue de la Montagne. » Un combat de rue terrible doit être engagé. «  Qui l’emportera ??  »
Mon frère P., horriblement pâle, est affalé sur un panier. Il fait peine à voir. Sa pensée est comme absente. Elle est sans doute avec sa femme et son bébé là-bas à la mer avec ceux que sans doute il ne reverra plus. Mon frère Jean est d’une insouciance, d’une inconscience qui à la longue me tape sur les nerfs. Notre vieille servante a les yeux dilatés par l’horreur de la situation, chaque fois qu’un roulement de mitrailleuse retentit elle se couvre la tête de son tablier. Puis elle part en exclamations violentes. Elle a l’air égaré. J’ai l’impression qu’elle va avoir une attaque d’apoplexie ou qu’elle va devenir brusquement folle. Moi, je suis nerveux mais j’espère que la tourmente passera sans nous atteindre. J’arpente la cave dans l’impossibilité physique de rester en place…
On tire plus que jamais. Cela ne finira donc pas… J’envoie mon frère J. à la cave aux vins chercher une bouteille de vieux Bordeaux. Il revient vite. «  C’est trop dangereux !  », dit-il, «  Les balles peuvent passer par le soupirail !  » Alors j’y vais moi-même. Cette cave donne sur la rue. Le vacarme est étourdissant. Ils sont vraiment tout près. J’empoigne une bouteille au hasard et je reviens vite.
«  Nous allons boire cette dernière bouteille !  », dis-je avec une gaieté un peu forcée, «  Au Roi et à la Patrie. Toujours une que les boches ne boiront pas. »
Nous n’avons pas vidé notre verre qu’une secousse nerveuse nous fait frissonner tous. Une mitrailleuse tonne juste en face de la maison sans doute pour balayer le parc. Tout le bâtiment vibre. C’est effroyable. Nous sommes là, aux écoutes, les nerfs horriblement tendus, la gorge sèche. La mitrailleuse tonne toujours. Nous sommes figés comme des statues. Nos lèvres ne profèrent aucun son… Et soudain de grands coups de hache ou de crosses de fusil ébranlent la porte massive de la maison, résonnant lugubrement sur nos têtes. Mon frère Jean, très résolu, déclare :
«  Ce sont les allemands. Je vais aller ouvrir.  »
Je l’empoigne et le repousse brutalement de toute la force de mes nerfs exaspérés. «  Je vous défends de bouger !  » dis-je.
On frappe toujours à grands coups. Pour nous, c’est une véritable agonie. Et soudain, je perçois un bruit de bottes sur les dalles de notre corridor. D’une même impulsion, tous les quatre nous gagnons la porte de sortie sur le jardin. Là, une échelle est toute prête. Nous enjambons le mur et passons chez le voisin ramenant l’échelle à nous. Cela n’a pas duré une demi-minute. Et dans ce jardin de malheur sont rassemblées toutes les angoisses du voisinage. Nous sommes cinq ou six hommes, le reste ce sont des femmes qui pleurent ou prient à genoux, de malheureux enfants accrochés convulsivement aux jupes de leurs mères.
Monsieur [Smeysters], fort pâle, les traits décomposés par les tics nerveux vient à mon frère et à moi et nous dit :
«  C’est fini, nous allons y passer tous. De grâce, du calme pour les femmes et les enfants… »
Et comme nous sommes silencieux dans ce jardin tout ensoleillé, tout parfumé de roses, en même temps, tous les trois, nous voyons un rais de fumée bleue sortir d’une fenêtre de la maison voisine. Puis une colonne de fumée plus dense tout de suite. Nous nous regardons sans mot dire, nous avons compris.

Sur le texte
Le carnet de Louis est suivi de plusieurs chapitres écrits par Etienne Grandchamps concernant notamment le récit des premiers coups de feu de la Grande Guerre à Charleroi, la vision comparée de ces journées par un soldat français et un allemand, le destin d’un civil redécouvert par ses petits-enfants ou l’analyse d’une touchante et mystérieuse «  liste de fonds de poches  »…

Informations complémentaires

Poids 500 g
Dimensions 14.5 × 21 cm

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